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Le retour de lexpérimental
Le cinéma expérimental entre au Panthéon
avec une nouvelle programmation : une soirée
par mois à partir du jeudi 31 mars 2005. Il renoue
ainsi avec la salle de la Rive Gauche que Pierre Braunberger,
après Pathé en 1905, acquiert avec Yves
Allégret et Pierre Tarrive en 1929 pour y présenter
très tôt des films parlants et en vo, mais
il renoue aussi avec une une grande part de lavant
garde quil distribuait dès 1928 avec sa
société Studio-Film. Une Nuit sur le mont
chauve programmé en 1933 au Pantéon restera
6 semaines à laffiche.
Le contexte : lexpérimental aujourdhui
Lutilisation massive du terme expérimental
aujourdhui de même que lintroduction
de procédures expérimentales dans les
films de fiction et dans les arts plastiques, révèlent
les préoccupations de cinéastes et de
plasticiens engagés dans la recherche de substituts
à la forme narrative canonique, et les transformations
qui atteignent à la fois le Visuel, la Narration
et la Technologie. Le Cinéma Epinglé ouvre
la première soirée du Panthéon
du cinéma expérimental,. Elle est dédiée
à luvre cinématographique
dAlexandre Alexeïeff et Claire Parker qui
sest accomplie tout au long dune vie centrée
sur un projet artistique qui a su lier le visuel, la
narration et la technologie. La quasi-intégralité
des films et deux inédits seront présentés
au cours des deux programmes du jeudi 31 mars.
Lexpérimental en DVD : une première
Simultanément sort un DVD qui leur est consacré
et qui inaugure la nouvelle collection éditée
par Cinédoc Paris Films Coop. Ce double événement
célèbre une uvre et une démarche
de cinéastes pour qui la création dimages
est inséparable de la création de machines,
les écrans dépingles.
Trois sortes de films et dexpérimentations
Alexandre Alexeieff et Claire Parker ont dabord
utilisé le percement des trous et leur occlusion
par des épingles pour composer les écrans
dépingles inaugurés avec Une nuit
sur le Mont Chauve, accompagné de la musique
de Modest Moussorgski, réalisé entre 1931
et 1933 et magnifié avec Le Nez réalisé
en 1960 tiré de la nouvelle de Gogol. Les écrans
dépingles sont à la fois des machines
artistiques qui anticipent les machines numériques
dans la longue généalogie des appareils
cinématographiques. De plus ils concourent à
donner à la vision le chatoiement dun velours
doté dun maillage métallique; les
ombres mates et les éclats miroitants dune
part, et la fluidité des enchaînements
dautre part, parviennent à créer
ce dont avaient douté les penseurs de la vision,
une perception visuelle-tactile.
Ensuite des films danimation dobjets et
des expérimentations spécifiques qui vont
bien au-delà de leurs fonctions publicitaires,
et parmi lesquels figurent quatre films quAlexandre
Alexeieff aimait présenter : Fumées (1952),
Pure beauté (1954), Cocinor (1957) et Divertissement
(1961).
Enfin, les " Totalisations " , selon lexpression
dAlexandre Alexeieff, sont des procédés
qui engendrent, par une pose longue, des tracés
de lumière. Elles sont particulièrement
actives dans Essais Pendulaires (1951) et Etudes de
Solides Illusoires (1960), deux inédits quAlexandre
Alexeieff conservait pour son usage personnel. Ces expérimentations
visuelles, ansi que la mise en musique de Chopin à
Moussorsky et de Kosma à Seyrig, exigeant un
travail long et méticuleux expliquent que cette
uvre immense tienne en 90 minutes.
Deux programmes
Le premier programme de films - Devant lécran
dépingles - donne à voir directement
cette vision " de velours métallique",
tandis que le second - Derrière lécran
dépingles - dévoile la marche des
épingles et la concrétisation des images.
A leur intersection, il y a un phénomène
observé par Alexeieff : lécart entre
lapparition des figures à fleur décran
dépingles et la perception des images épinglées
refilmées. Le cinéaste y apportera une
solution en 1960 avec Les Etudes de Solides Illusoires
qui résulte de la dilatation des Essais pendulaires
selon un rapport de un à dix.
Les films dAlexandre Alexeîeff et Claire
Parker éclairent la mise en perspective historique
des relations entre le cinéma danimation
et le cinéma expérimental dune part
et les écrans dépingles et la technologie
numérique dautre part.
Du cinéma épinglé aux films épinglants,
inventés par Alexandre Alexeieff et Claire Parker,
poursuivis et reconsidérés par Norman
Mac Laren et Grant Munro avec Lécran dépingles
(1938), Maurice Blackburn avec Ciné Crime (1968)
et par Jacques Drouin avec Le Paysagiste (1976) et Imprints
(2004) présenté en première française,
les puissances du cinéma en sont renouvelées.
Claudine Eizykman
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